Misophonie : quand ces petits bruits rendent la vie impossible

Misophonie : quand ces petits bruits rendent la vie impossible
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« Slurp », « gloup gloup », « glomp, gloup », « argll, gargle », « gratt-gratt », « hummm », « gnac, gnac, gnac », « ouf », « tic-tac », « ha », « floc », « platch » autant d’exemples d’onomatopées pour illustrer tous ces petits bruits gênants, dérangeants, énervants voire insupportables. Certains sons du quotidien – à l’image de la déglutition, de la mastication, de l’éternuement, de la toux, du ronflement par exemple – que l’on produit tous, peuvent faire entrer dans une colère noire voire donner envie de commettre à meurtre à ceux et à celles qui ne les supportent pas. Si à l’image de ce conjoint, de cette sœur ou encore de ce collègue notamment, ils vous insupportent aussi, vous souffrez alors de ce que l’on appelle dans le jargon médical de « misophonie ». Gros plan sur une maladie dont on parle que peu.

La misophonie, kézako ?

La définition, la signification

«  La misophonie, littéralement « haine du son », est un trouble neuropsychiatrique rarement diagnostiqué, mais commun caractérisé par des expériences négatives (colère, haine ou dégoût) déclenchées par des sons spécifiques. L’intensité du son peut être élevée ou faible. »

Également appelée « syndrome de sensibilité sélective à certains sons », il s’agit concrètement d’une réaction instinctive, vive, une aversion d’un individu face à certains sons spécifiques et ce, quelles que soient leur intensité. Ce trouble neurologique fait que même si le son n’est pas forcément fort, significatif ou désagréable, pour la personne qui souffre de misophonie, il l’est. Ce trouble qui apparaît principalement au cours de l’enfance ou de l’adolescence, à tendance à s’aggraver au fil des ans. Raison pour laquelle, la liste des éléments suscitant une réaction négative peut augmenter avec l’âge.

Biologiquement parlant, ce trouble neurologique est une hyperactivité cérébrale. Des études scientifiques ont en effet mis en avant que les personnes misophones présentent un volume de myéline supérieure à la normale au niveau du lobe frontal du cerveau. La myéline étant cette matière qui entoure les neurones et qui facilite leurs connexions. Chez ces personnes en particulier, les transmissions des messages entre les neurones sont optimisées. Cela explique alors pourquoi, elles perçoivent avec une très nette précision et une intensité accrue, les bruits parasites environnants. La zone du cerveau dédiée à l’attention et à la concentration en hyperactivité est alors incapable d’en faire abstraction tout simplement.

Les bruits incommodants

Parce que nous sommes tous différents, les sons dérangeants sont variables d’un individu à l’autre souffrant de misophonie. Il peut s’agir pour certains des bruits liés à la mastication alors pour d’autres, la misophonie peut être assimilée à des bruits de raclements de gorge, de reniflements plus particulièrement. Les respirations fortes, les ronflements, les cliquetis répétitifs – des couverts, des pièces de monnaies, des clefs par exemple – peuvent également incommoder ceux qui souffrent de misophonie.

Les symptômes

Si toute ou partie de ces sons peuvent déranger momentanément – surtout lorsque l’on est bien installé au cinéma et que le voisin mange ses pop-corn – ces bruits récurrents agacent en cas de misophonie. Ils peuvent même faire vivre un enfer aux personnes souffrant de cette maladie. Cet agacement peut alors s’exprimer par un simple énervement, une agitation, un dégoût, une répulsion, une crise d’angoisse et dans les cas extrêmes entraîner un accès de colère, mais aussi des pulsions agressives et violentes. Il n’est pas rare que certaines personnes sortent de leur gond. Dans certains cas, les personnes atteintes font alors face à la stupeur, l’étonnement, l’incompréhension de l’entourage.

Les traitements

Malheureusement, ce trouble n’est que rarement diagnostiqué, les personnes en souffrant n’en faisant que rarement état à leur médecin traitant. La plupart n’y prêtent alors pas une attention médicale particulière et le trouble passe à la trappe. Quoi qu’il en soit, la personne en souffrance a tendance à mettre en place des stratégies pour éviter autant que possible d’être confrontée à cette situation. Le fait d’éviter de manger en réunion, de s’isoler, de porter des bouchons d’oreille ou encore d’écouter de la musique à fond sont autant de subterfuges qui permettent alors de couvrir ces sons des plus horripilants. Pour d’autres, le fait d’expliquer son comportement permet à l’entourage de faire preuve de compréhension et de rester alerte vis-à-vis des sons qu’ils peuvent émettre.

Pour l’heure, il n’existe pas de traitements médicamenteux spécifiques à proprement parlé. En attendant que la communauté médicale mette au point un traitement pour venir en aide aux malades, il n’est pas vain qu’un diagnostic soit posé. Et pour cause, il est possible de prendre en charge ce trouble. Différentes psychothérapies sont en effet possibles et envisageables à l’image d’une thérapie cognitivo comportementale ou encore d’une thérapie d’habituation des acouphènes. L’objectif de ces thérapies étant de s’habituer aux sons déclencheurs, d’arriver de manière progressive à les identifier comme des sons normaux dans le but de se maîtriser émotionnellement parlant.