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Le solfège : histoire et évolution depuis le Moyen-âge

Même s’il est relativement inconnu de nombreux musiciens, le solfège reste un excellent moyen de comprendre et de se former à la musique. Pour comprendre pourquoi il tient une place si importante malgré l’évolution et la complexification de l’art musical, il faut peut-être remonter à ses origines. L’évolution de ce concept et son adaptation dans d’autres régions du globe méritent aussi un petit arrêt.

Aux origines du solfège

arbre à musiqueLe solfège est une méthode d’apprentissage de la musique qui inclut des séances d’audition musicale et la lecture de notes de musique. En termes simples donc, le solfège est une approche musicale basée sur l’usage des huit notes employées dans le monde occidental. Ces notes syllabiques sont DO, RE, MI, FA, SOL, LA, SI. Ces notes sont couramment employées pour jouer un instrument de musique. Comment en est-on venu à employer le solfège comme référence de base de l’art musical ?
Avant le Moyen-âge, il n’existait pas de codification universelle de la musique. Les approximations n’étaient pas rares, et l’apprentissage de la musique était compliqué et élitiste. Beaucoup de formateurs se servaient alors du monocorde de Pythagore (ou sonomètre) pour régler leurs instruments de musique. Le monocorde (probablement inventé par le savant du même nom) avait sans doute déjà servi à calibrer certaines notes de musique à l’instar du « La », plus connu sous le nom de « mèse » et du « Mi ».
En l’an 1208, le moine italien Guido D’Arrezo crée un système plus simple pour apprendre l’art musical en développant un système de notes. Il s’inspire avant tout d’un célèbre poème grégorien en hommage à Jean-Baptiste et chanté en latin :
Utqueant laxis, Resonare fibri,
Mira gestorum, Famuli tuorum,
Solve polluti, Labii reatum,
Sancte Ioannes
S’étant rendu compte de ce que chaque ver du poème monte d’un ton, le moine décida de conserver la première syllabe du premier mot de chaque ver, et de se servir de ces notes pour apprendre l’écriture et le chant musical : le solfège était né. D’ailleurs, ce mot dérive justement des notes « Sol » et « Fa » qui apparaissent tous deux dans ce poème chanté du VIIIème siècle et composé par Paul Diacre.

Des huit notes à un apprentissage codifié

Cours de musiqueLe système d’apprentissage mis au point par Guido d’Arrezo s’est par la suite enrichi avec la popularisation de la portée et de la main guidonienne, un système mnémotechnique qui permet de maîtriser rapidement les notes hexacordes. En 1673, le compositeur italien Bononcini changea le UT en DO, car il trouvait plus facile de solfier avec ce son.
Le solfège mis au point par Guido d’Arrezo et popularisé par d’autres compositeurs devient donc le système d’apprentissage de référence jusqu’au début du XXème siècle. Naturellement, le solfège comprend aussi un système de notation écrit particulièrement vaste et complexe. Par exemple, Guiod d’Arrezo et d’autres professionnels ont codifié la partition de musique, lui associant des symboles pour identifier les hauteurs et les durées d’un son, ainsi que les nuances et les tons. Le système élaboré par D’Arrezo ne représentait que 4 lignes au départ. Mais dans les normes du solfège actuel, les tablatures sont plus ou moins différentes.

La réforme du solfège en France

Le solfège est enseigné dans les conservatoires de France depuis 1669. À cette époque, seule l’Académie Royale de Musique créée par Louis XIV était destinée à l’apprentissage de la musique. La création d’autres conservatoires du même style a popularisé le solfège, bien au-delà même des frontières françaises. Mais en 1977, le ministère de la Culture a initié une réforme profonde du solfège. À l’origine de cette réforme, il y a le constat selon lequel le solfège était trop codifié et abstrait pour permettre un apprentissage simple et efficient de la musique. Désormais, la priorité est donnée à la musique elle-même. Bien sûr, l’usage des notes, des tons et des demi-tons reste prégnant. Mais il tient aujourd’hui une place secondaire. D’ailleurs, des systèmes d’apprentissage de la musique qui ne tiennent aucun compte du solfège se sont eux aussi popularisés depuis lors.
Il est vrai que pour certains puristes, ceux qui n’ont pas appris le solfège ne sont pas de bons musiciens. Mais dans les faits, c’est loin d’être le cas. Le solfège n’est plus une panacée, et sa place dans le concert musical décline progressivement. En réalité, c’est parfois l’essor de styles musicaux différents qui a accéléré ce déclin.

flute

La musique sans le solfège sous d’autres cieux

Depuis l’Antiquité, de nombreux peuples s’initient, apprennent et exportent leur musique sans l’usage du solfège qui est typiquement occidental. C’est le cas de la musique hindie, carnatique (turque) ou africaine.
La notion du quart de ton symbolise bien ce changement. Dans le solfège classique, les intervalles sont constitués du ton et du demi-ton. Le concept du quart de ton qui est la moitié du demi-ton était inconnu. Par contre, les musiques arabes (les Maqâms notamment), ouzbèke, kirghize et berbère intègrent à la fois le quart de ton, et même des intervalles de trois quarts de ton. Tristan Murail, compositeur moderne qui a étudié le solfège au Conservatoire de Paris a d’ailleurs intégré la notion du quart de ton dans certaines de ses compositions. Ainsi, cette notion qui ne faisait pas partie initialement du solfège classique s’est ancrée comme une tonalité musicale à part entière. Incontestablement, cette notion qui correspond d’un point de vue logarithmique à la moitié du demi-ton est désormais bien connue. Beaucoup de clarinettes actuelles utilisées dans l’apprentissage du solfège permettent de jouer des quarts de ton.
Le solfège a perdu de sa superbe à la faveur de la popularisation d’autres styles musicaux. Mais pour de nombreux musiciens, c’est un mode d’apprentissage irremplaçable et très efficace. Beaucoup d’écoles et d’artistes ne jurent que par ce procédé, même si d’autres musiciens performants se forment sans en maîtriser les bases. Mais si le système du solfège a perduré depuis le Moyen-âge, c’est sans doute parce qu’il était très efficace.

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